Rompre la solitude grâce à la cohabitation intergénérationnelle

21/5/2020
Cohabitation intergénérationnelle

Pour vivre heureux, vivons ensemble !

« Après l’expérience de la montagne où, deux mois durant, j’avais vécu seul sans qu’un être humain me pose de questions ou me regarde, mon point de vue sur l’existence commençait de changer du tout au tout. Je voulais désormais retrouver dans le monde cette paix absolue, mais j’aspirais secrètement à certains des plaisirs que prodigue la société (comme le spectacle, le sexe, les attributs du confort, les nourritures et les boissons fines), toutes choses que l’on ne trouve pas sur une montagne. » 

Jack Kerouac, Les anges vagabonds  

Nous, les humains, avons besoin de contacts pour être épanouis. Même l’écrivain Jack Kerouac, qui cherchait l’inspiration dans la solitude, recherchait la compagnie de ses semblables pour se ressourcer. 

Or, dans notre société urbanisée et digitalisée, le contact humain est rare. Même si nous habitons des villes surpeuplées où nous côtoyons chaque jour des milliers d’individus, combien avons-nous de vrais échanges qui font sens durant une simple journée ? 

Bienheureux ceux d’entre nous qui ont fondé une famille auprès de laquelle ils se ressourcent chaque jour. Ils ne sont hélas pas la norme...


Trop de personnes seules et isolées


Elles en souffrent, mais ne savent pas comment y remédier. La solitude s’installe progressivement. Par petites touches. Vous ne la voyiez pas venir et d’un jour à l’autre, vous vous retrouvez seul·e, isolé·e, sans ami, ni proche à qui parler. Cette solitude, qui peut même déboucher sur un état de mort sociale, c’est le lot des plus fragiles, des plus âgés. Mais aussi celui des étudiants qui poursuivent leurs études dans une ville qu’ils ne connaissent pas. Et plus particulièrement ceux qui étudient à Paris et se logent chez l’habitant. 

La solitude chez les personnes âgées

Aujourd’hui en France, une personne de 60 ans sur quatre déclare souffrir de solitude. 3,2 millions d'aînés de plus de 65 ans courent même un risque d’isolement relationnel. Ils peuvent passer plusieurs journées entières sans parler à personne*.

La solitude chez les étudiants à Paris

C’est l’histoire de Matéo. Bordelais d’origine, il est installé à Paris pour sa thèse en génie mécanique. Il passe le plus clair de son temps en bibliothèque et n’a pas vraiment le temps de se faire des amis. Les sorties sont rares car l’essentiel de son argent passe dans son loyer. Il paye 572 euros pour son studio de 12 mètres carrés, situé au 7ème étage d’un immeuble du centre de la capitale. Malgré des contacts quotidiens avec ses amis via Whatsapp, Matéo souffre de solitude. Il peut passer plusieurs journées sans avoir une conversation avec un autre être humain. 


Apanage des vieux, la solitude ? Quelle blague ! 

Comment en sommes-nous arrivés là ? 


La situation n’a pas toujours été aussi critique. Essayons de comprendre comment et pourquoi la transition s’est faite. Remontons le temps. Loin, loin, loin dans l’histoire de l’humanité. Avant l’invention du smartphone, du Minitel et de la Ford modèle T. Avant Jeanne d’Arc, Charlemagne et même avant Jésus-Christ. À l’aube de l’humanité. En ces temps lointains, nous avons vécu en tribus. C’était une question de survie individuelle et collective. Le meilleur moyen pour faire front à l’hostilité du monde extérieur. Chasser le mammouth, se tenir chaud, faire des enfants et les élever, puis compter sur eux pour qu’ils veillent sur les anciens et contribuent à la survie de la tribu. À cette époque lointaine, le concept de vivre ensemble était le seul en vigueur. Ne pas vivre ensemble revenait à se condamner à mort ; la nature était trop hostile pour une vie en solitaire. L’homme ne pouvait compter que sur le groupe pour pallier sa chétive carrure, sa peau trop fine et son absence d’armes naturelles. 

Les années ont passées. L’homme a développé des techniques qui lui permettent de vivre mieux et plus longtemps. En sécurité. L’antique tribu a vécu. Aujourd’hui, elle existe encore dans une soixantaine de pays et représente environ 130 millions de terriens. Menacées par la déforestation, l’urbanisation et la modernité, ces tribus sont l’ultime représentation d’un vivre ensemble ancestral**.

Sortis de cette représentation extrême du vivre ensemble pour survivre, nous pouvons considérer que notre famille est notre tribu. Sa présence rassurante et bienveillante contribue à notre équilibre. Malheureusement, cette tribu-là est également menacée par nos modes de vie. L’époque où trois générations vivaient sous le même toit est depuis longtemps révolue. Les enfants quittent le nid pour aller étudier, ils s’exilent pour trouver du travail et leur logement est rarement suffisamment grand pour y accueillir les parents âgés qui ne peuvent plus subsister seuls. 


En France, le niveau moyen d’éloignement entre une personne âgée et ses proches est de 280 kilomètres. La situation est similaire dans tous les pays, y compris en Afrique où les distances sont bien plus grandes et les transports bien moins rapides. Le mythe de la famille africaine qui veille sur l’ancien a vécu. Dans un monde où 75 % des humains sont des urbains, avec ce que cela implique en ce qui concerne la taille des logements, le temps de transport et l’éclatement des familles, le vivre ensemble est trop souvent battu en brèche par la nécessité.


Qu’entendons-nous aujourd’hui, par « vivre ensemble »


Au temps de Cro-Magnon, le vivre ensemble est nécessaire à la survie. La tribu fait corps. Chaque membre a son rôle. Celui-ci chasse, celui-là tanne les peaux. Celle-ci taille les pointes de flèches en silex. Plus tard, dans la famille, les anciens transmettent aux enfants et petits-enfants, les uns veillent sur les autres. Mais est-ce seulement cela, le vivre ensemble ? 

Non, le vivre ensemble, c’est dans les moments de communion, de partage, de cohésion qu’il s’exprime le plus. Ce n’est pas dans les tâches quotidiennes ni dans les corvées qu’on le perçoit. C’est plutôt dans les situations où la vie a besoin de l’autre pour être pleinement appréciée. Discuter, regarder un film en famille, vivre des moments de joie, avoir quelqu’un à qui se confier, demander un service. Échanger un regard chargé de sens. Partager une bouteille de bon vin. Demander conseil. Rire. Faire l’amour. 

Ce sont ces moments qui manquent tant aux personnes âgées isolées. Celles qui ont moins d’un contact verbal hebdomadaire avec un autre être humain. Celles qui ne sortent jamais de chez elles. Celles qui n’ont personne***.

De quoi avons-nous besoin pour vivre ensemble ? 

S’il n’est plus nécessaire de vivre ensemble pour survivre, en quoi le vivre ensemble est-il nécessaire ?

Animal grégaire, animal de troupeau. L’homme a besoin de l’homme pour être pleinement homme. Le vivre ensemble nous rappelle cette évidence que nos modes de vie numérisés nous font parfois oublier.  L’homme a besoin d’être en contact avec ses semblables.

Les échanges en face à face libèrent une cascade de neurotransmetteurs et, comme un vaccin, ils vous protègent maintenant et à l’avenir. Échanger un regard avec quelqu’un, une poignée de main, un salut, cela suffit à libérer de l’ocytocine qui augmente votre niveau de confiance et diminue votre niveau de cortisol. Cela fait diminuer votre stress. Et de la dopamine est générée, ce qui nous fait un peu planer et éradique la douleur. C’est comme de la morphine produite naturellement. Cela passe sous le radar de notre conscience, et donc nous avons tendance à imaginer qu’il suffit de discuter en ligne ou d’acheter un robot de compagnie à notre grand-mère pour rompre l’isolement****.


Puisque le vivre ensemble est aussi indispensable à une vie heureuse que l’air que nous respirons, comment y contribuer ? 

Comment pouvons-nous aider les personnes isolées à rompre cet isolement ? 

Comment faciliter les échanges entre les personnes qui sont les plus menacées par la solitude ? 

Selon Jean-Louis Watty, délégué général adjoint de l’association Les Petits Frères des Pauvres, il faut travailler sur les solidarités de proximité. La réponse est d’abord locale. En conclusion de son étude sur l’isolement dans les territoires, l’association formule une série de recommandations aux autorités et aux professionnels : 

  • Mieux observer l’isolement des aînés sur le territoire ;
  • Construire des actions au plus près des territoires ;
  • Sensibiliser le grand public et encourager la citoyenneté ;
  • Promouvoir des solutions d’habitat adaptées aux territoires ;
  • Favoriser le quotidien des aînés sur tout le territoire.

Chez Colette, le sujet de la solitude et du vivre ensemble sont essentiels à notre ADN. Nous voulons aider les générations à cohabiter afin de réduire la solitude des aînés, mais aussi celui des étudiants. Nous voulons créer le plus de binômes possible, en France et même partout dans le monde, pour dire non à la solitude et à ses effets dévastateurs sur nos aînés.

Sources :

* Petits Frères des pauvres, étude 2019 "Isolement et territoires des personnes âgées"
** Site Internet Survival International
*** Observatoire Ergocall , infographie mai 2020 "13 millions de seniors potentiellement en danger à domicile ?"
**** TED Susan Pinker : The secret to living longer may be your social life

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