Comment s’occuper à la retraite ?

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Quand on est dans la force de l’âge, on réclame du temps pour soi. On espère que la fin de la vie, dite active, sera une bénédiction. Mais, parfois, on ne sait que faire à la retraite de ce stock de jours pour bien s’occuper. Anne, auteure du blog Vieillir bien vivant, nous parle de ce passage à la retraite, au travers de l’expérience de son amie Muriel.

« Quand ma copine Muriel a enfin pu décrocher, je m’attendais à ce qu’elle conserve sa belle énergie. Mais elle s’est pris les pieds dans le tapis. Comment s’occuper à la retraite ? En construisant sa retraite sur des passions et des centres d’intérêts. Rien à voir avec une confortable pension ou le remplissage frénétique d’agenda pour occuper le temps libre. On tire parti de son moteur intérieur, inestimable, pour choisir pourquoi et comment passer du bon temps et vieillir bien vivant. »

Anne, auteure du blog Vieillir Bien Vivant

1. Muriel, à l’assaut de la retraite

Avec un regain d’énergie pour ce nouveau challenge (je la cite), Muriel brandit une longue liste de choses qui répondent à la fameuse question ‘que faire à la retraite’.

Manger sainement, faire de l’exercice. Être bénévole à l’épicerie solidaire de sa ville. Construire son arbre généalogique. Marcher la route de Compostelle avec sa soeur. Lire le Da Vinci Code loupé à sa parution. Apprendre à faire son pain et le clown si elle a le temps, décorer sa terrasse. Participer à l’association d’échanges de sa commune avec le Togo. Garder sa petite fille un mercredi sur 2, tenir la maison, cuisiner, faire les courses…

Parfait ! Toutes les cases de la réussite de sa future vie de retraitée sont cochées. Muriel me montre son tableau de bord, tel Thomas Pesquet prêt pour un décollage imminent.

La planète du bien vieillir actif et en pleine forme est en ligne de mire. En vue aussi, l’entretien du lien social et la qualité du cadre de vie.

Je pense spontanément au Milliardaire-Entrepreneur Elon Musk qui connait quelques ratés à l’atterrissage de ses fusées mais, manquant de courage ou pour ne pas gâcher l’ambiance, je me tais…

L’emploi des Seniors, possible en complément de la retraite, ne la concerne pas. Elle aura sa retraite à taux plein et une pension qui lui parait satisfaisante. A ce sujet, tu trouveras ici des informations pour le cumul emploi-retraite.

2. Faire une petite retraite, le temps de la transition

Avec sa liste d’occupations bien fournie, Muriel est aux taquets. Elle la consulte plusieurs fois par jour pour s’assurer de ne rien rater. Mais curieusement, au bout de quelques semaines, sa batterie est déchargée. Atone sur son canapé. Incapable de mettre son réveil le matin pour 2 heures de marche avec moi. Absente pour improviser un ciné-café. Méconnaissable.

Muriel vit une phase de transition, un processus de désorientation et de réorientation. Elle expérimente une maturation intérieure progressive. Il lui faut prendre le temps et avoir la patience de comprendre comment elle réagit et accepte le changement. La 1ère étape, remplie d’ambivalence, de confusion, de peur aussi, met fin à ce qu’il y avait avant. Ensuite, elle entre dans un temps neutre de maturation qui la conduit au stade (jubilatoire) d’un nouveau départ. La durée de cette transition est longue car elle a du mal à oublier sa vie active et la place qu’elle y tenait . Pour d’autres, je te rassure, c’est plus rapide.

Décodage de ce qui se passe

L’anthropologue Georges Arbuz décrit très bien ce qui arrive à Muriel. « Même dans les cas où les intéressés ont pu y penser, se préparer, la retraite a des retentissements psychologiques » tout à fait naturels.

Une image de soi fragilisée : l’impression de ne plus avoir d’utilité. Les personnes, souvent hyper-investies et attachées à leur travail, vont combler le vide ou au contraire, au nom du tout ou rien, vont choisir le rien.

La perte de repères : l’avenir alléchant, imaginé par le futur retraité, ne se produit pas comme prévu. Au début, tout semble possible, avec plaisir et un joyeux sentiment de liberté. Suit un flottement et l’impression désagréable d’être perdu. Les activités envisagées n’ont ni sens ni valeur et ne permettent pas de se sentir exister. Muriel disait qu’elle était paumée.

Un moment de doute : on balance entre les repères d’avant et le désir et la conviction de devoir en changer. Ce n’est pas facile. Qu’a-t-on vraiment envie de faire, qu’est-ce qui aura du sens et de la valeur dorénavant ? Va-t-on parvenir à avoir les moyens de le réaliser ? Car les belles idées n’existent que si on les concrétise.  

3. Quelles activités à la retraite vont faire le bonheur de Muriel ?

Un livre avait conseillé à Muriel de conjuguer au futur LA raison d’être de sa vie. Elle ne voyait pas. Mais pas du tout. Ce conseil lui semblait abstrait, perché. Elle avait calé. Si elle la connaissait, comme un musicien, un éleveur de fauves, ou une archéologue, elle s’en serait déjà servi. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’ elle avait adopté depuis longtemps celle des autres, de ses parents principalement.  

Pragmatique Muriel s’est lancée dans son programme d’activités telle une fourmi. Éviter à tout prix de s’ennuyer, disait-elle. Mais au fond, elle craignait et avait honte de l’oisiveté et du désoeuvrement, une tare dans son éducation.

Décodage de ce qui se passe

  • La raison d’être n’est pas quelque chose à trouver. On la laisse venir en se concentrant sur ce qui a le plus de sens pour soi.
  • La raison d’être n’est pas une chose unique, heureusement, elle peut être multiforme. Bien sûr, plus ces origines sont variées, moins elle sera une vocation, une destinée. Rien de grave.
  • Et pour finir, la raison d’être n’est pas figée dans le marbre. Ce qui donne du sens à la vie à un moment donné n’est pas immuable. Parce que nous évoluons sans cesse. Et c’est bien ainsi.

Un beau jour, Muriel, tilte : être laborieuse à la retraite est un contre sens. Et elle retrouve sa joie de vivre communicative en se demandant tranquillement :

  1. Maintenant, qu’est-ce qui est important et qui fait sens pour moi ?
  2. Est-ce que cet important me correspond vraiment ?
  3. Vais-je devoir abandonner quelque chose qui pourrait me brider ?

Son « important » du moment, son but, est de regoûter à sa madeleine de Proust. Enfant, Muriel avait la joie des petites choses. La minutie des minuscules répliques du quotidien l’émerveillait. Elle collectionnait précieusement les fèves, les porte-clés publicitaires et de tout petits objets dans sa maison de poupée.

Avant la retraite, la vie nous porte avec ses valeurs et ses codes : en gros activité professionnelle, famille et loisirs. Il ne suffit pas de remplacer ces activités par d’autres, compatibles avec la retraite. Au préalable,  il est utile, même essentiel, d’explorer ses aspirations et d’avoir conscience que le futur sera sans directives ni gardes fous. Le contenu des années à venir dépendra principalement de soi. Il est plus efficace de réfléchir d’abord à ce qui compte véritablement pour soi et de le décliner en possibles activités. La liberté à la retraite demande l’effort et le courage d’être son propre patron.

Cet article ne propose pas une liste d’occupations pour la retraite. J’admets que cela peut être décevant mais la liste serait un inventaire à la Prévert.

Si tu manques totalement d’idées, tu peux déjà donner du temps aux recommandations de base :

  • faire de l’exercice (par exemple, marcher tous les jours au moins 1 heure)
  • conserver sa vie sociale (pour continuer, si tu peux t’inscrire à un club ou association de marcheurs, c’est idéal)
  • se sentir et être utile (en offrant du bénévolat à une cause qui te touche)
  • consacrer aussi 1 heure par jour à lire, aux mots croisés, aux jeux de mémoire et de réflexion, tous bons pour la santé du cerveau.

Bref, mets toi en mode actif, à ton rythme. Garde aussi des plages pour ne rien faire et saisir des opportunités. C’est dans ces moments que vient l’inspiration. Ensuite si une nouvelle occupation à essayer se présente, laisse-toi entrainer. La saveur d’une activité momentanée peut ouvrir ton appétit.

4. Un stage de préparation, pour quoi faire ?

Des stages de préparation à la retraite (par exemple, ceux proposés par les talents d’Alphonse) aident à faire un état des lieux avant la fin d’activité professionnelle et à se projeter.

Il se réalise entre 1 et 2 ans avant le départ à la retraite. Financé par l’employeur, les caisses de retraite, ou par le futur retraité directement.

D’une durée de 2 à 3 jours, parfois plus, en présentiel mais aussi maintenant en digital, ils abordent les démarches administratives, l’état financier ainsi que des conseils de santé et d’adaptation. Les personnes âgées de 58 à 60 ans peuvent bénéficier d’un entretien retraite individuel auprès de l’assurance retraite. Elles font le point sur leurs droits, les dispositifs de passage à la retraite, l’optimisation et la simulation de son montant.

Avec l’aide d’un-e psychologue, les participants réfléchissent au sens de leur vie future, expriment leurs craintes ou angoisses. Enfin, ils mettent à plat leurs envies et la façon de les satisfaire. En général, le groupe repart les idées plus claires, le coeur serein et gonflé à bloc.

Cependant, s’ils sont très utiles et recommandés, le futur retraité devra au fil des jours se familiariser avec l’idée d’abandonner sa vie dite « active ». Et à mon sens, le stage peut éviter ou raccourcir la traversée du désert, comme celle de Muriel, en balisant le chemin.

La retraite, une reconversion personnelle

Devenir retraité n’est pas ressenti par tout le monde de la même façon. Bien entendu les conditions de vie de chacun auront du poids.

Le passage à la retraite est un changement significatif dans l’existence. C’est la fin de rôles, de relations, de routines, de présupposés. C’est même un nouveau boulot, au sens où on doit faire l’effort d’inventer et de créer sa 2ème vie par et pour soi-même.

Imagine-toi à la retraite. Si tu es éperdu-e de ton rôle et ton statut d’avant, tu risques de te focaliser sur tout ce que tu vas perdre. Pour compenser, comme un défi, tu peux devenir hyper-actif et finalement stressé-e et contrarié-e. Tu ne profites pas tellement.

A l’autre extrême, si tu étais brutalement confronté-e à ta fin de carrière, rien d’anormal à te sentir désemparé-e au point de perdre tes moyens dans ton fauteuil. Prendre de nouvelles petites habitudes peut te ratatiner.

J’ai confiance que rien n’est joué d’avance, à partir du moment où tu en as conscience.

De nombreuses possibilités te sont accessibles, en ville tout du moins, à condition de pousser la porte des dispositifs gratuits proposés. Les bibliothèques et médiathèques municipales et les universités populaires regorgent d’activités culturelles. Les centres socio-culturels et les associations ont pléthore d’activités de loisirs et d’activités sportives.

Beaucoup de contenus gratuits sont en ligne sur internet (tu l’utilisais dans ta vie d’avant, continue car c’est une manne si tu es retenu-e chez soi – et sinon, tu peux apprendre facilement) : faire de l’exercice, prendre des cours, visiter des musées virtuels, jouer en réseau, découvrir le monde, participer à des forums de discussion, même te créer de nouvelles relations…

J’espère que l’histoire de ma copine Muriel te confortera et t’éclairera. Je t’engage, que tu sois pré-retraité-e ou déjà retraité-e, à te projeter dans l’avenir et à reprendre ta liberté. Je t’invite à vivre ce que tu as laissé en jachère ou découvrir de quoi te porter et t’épanouir pour de longues années. Merci Anne pour ces mots !

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